"La photo est jolie mais je ne m'aime pas..."
 
Cela m'est arrivé quelques fois que mes clientes me disent ça. Elles ne remettent pas mon travail en question, elles adorent la photo mais le problème c'est elles et le regard qu'elles se portent.
Voici un exemple concret avec mes autoportraits. Je vais essayer de t'expliquer pourquoi.
Que vois-tu ?
Cette photo, je l'aime particulièrement.
Je la trouve belle. J'aime la lumière, l'ambiance, la façon dont la lumière effleure les courbes de mon corps. J'aime ce qu'elle raconte.
Et pourtant, quand je la regarde, mon regard s'arrête presque toujours au même endroit.
Ma poitrine.
C'est une partie de mon corps qui me complexe et que je n'aime pas particulièrement voir en photo.
Ce que je vois n'est pas forcément ce que tu vois.
C'est quelque chose que j'observe aussi dans mon travail de photographe boudoir. Une cliente peut découvrir une photo dans laquelle, moi, je vois une très belle image alors qu'elle, elle peut voir immédiatement le détail qu'elle n'aime pas chez elle.
Son ventre.
Ses bras.
Sa poitrine.
Une cicatrice.
Une posture.
Ou simplement une partie de son corps qu'elle a appris à regarder avec sévérité.
Et je peux lui dire que je trouve la photo magnifique, cela ne changera pas forcément son regard.
Parce que je regarde une photographie avec mes yeux de photographe. Elle la regarde avec son histoire personnelle.
Et aucun des deux regards n'est complètement objectif.
Je ne peux pas te promettre que tu vas aimer tes photos
C'est peut-être une drôle de chose à dire lorsqu'on est photographe boudoir, mais je préfère être honnête.
Je ne peux pas te promettre que tu vas aimer tes photos ou que tu vas aimer ton corps.
Je ne peux pas décider à ta place de ce que tu ressentiras lorsque tu découvriras ta galerie.
En revanche, je peux te promettre mon regard.
Je peux chercher la lumière qui te met en valeur, les gestes qui te ressemblent, les angles qui créent une belle image, les expressions qui racontent quelque chose.
Je peux te guider, t'accompagner et surtout photographier sans jugement.
Mais ce que tu ressentiras à la découverte de tes photos t'appartient.
Et quand je regarde mes propres photos ?
J'ai choisi de publier quatre photos de moi pour illustrer cet article. Quatre photos que j'aime.
Sauf que sur chaque photo, mon regard se focalise sur ma poitrine qui me complexe.
C'est assez paradoxal : je peux aimer une photographie tout en ayant du mal avec ce que j'y vois de moi.
Alors, qu'est-ce que je fais ?
👉🏻 je prends du recul. Ok ma poitrine tombe. Parce que c'est la gravité, parce que je prends de l'âge, parce que j'ai perdu du poids (et donc du muscle) à cause de mes problèmes de santé et parce que ma vision est un peu biaisée par les poitrines refaites qui tiennent parfaitement quelque soit la position.
Je n'ai ni l'envie ni les moyens financiers de faire de la chirurgie esthétique. Je relativise, je suis en bonne santé. Peut-être que demain, si je gagne en énergie, je pourrais refaire un peu de sport et gagner en tonicité. Et si je ne peux pas, c'est pas grave.
Je complexe également sur mes jambes, mais je n'oublie pas qu'elles me portent chaque jour pour faire ce que j'aime : me balader en forêt, promener mon chien, faire des séances photos etc et ça, c'est l'essentiel !
C'est un apprentissage : ne pas laisser un seul détail décider de ce que je pense de l'ensemble de l'image et je crois que c'est une nuance importante.
Accepter son image ne signifie pas forcément aimer absolument tout chez soi.
Cela peut aussi être apprendre à ne plus laisser ce que l'on n'aime pas prendre toute la place.
Et il existe des outils pour ça
Et c'est justement parce que ce rapport à notre image peut être compliqué que je ne pense pas qu'il faille nécessairement tout résoudre seule.
Il existe des outils et des accompagnements qui peuvent aider à travailler ce regard que l'on porte sur soi, sur son corps et sur son image.
Je vous en parlerai bientôt plus en détail, car c'est un sujet auquel je tiens particulièrement.
Pour l'instant, je voulais simplement partager cette expérience avec vous : je suis photographe, je photographie des femmes, et pourtant moi aussi, il m'arrive de regarder une belle photo de moi et de ne voir d'abord que ce qui me dérange.
La différence, peut-être, c'est qu'aujourd'hui j'essaie de ne plus laisser ce détail décider à lui seul de la valeur de l'image.
Et ça, je trouve que c'est déjà beaucoup.